Déceptions autour de l'expo Lachapelle, à la Monnaie de Paris

Publié le par Monsieur D.

Déception à la hauteur de l'attente générée autour du travail passionnant de David Lachapelle.
Mais qu'est-ce qu'est venu faire Lachapelle à la Monnaie de Paris ? Mais qu'est-ce qu'est venu faire une exposition ici ? Pourtant ce ne sont pas les lieux qui manquent pour ce genre d'expo : Jeu de Paume ou Maison Européenne de la Photographie en premiers.
Il est rare d'être déçu par une exposition parisienne, mais là... c'est bien simple ça aurait pu être présenté à Meaux au Musée Bossuet ça n'aurait pas été pire. Et encore je me demande même si le musée Bossuet n'aurait pas fait mieux... c'est pour dire ^^.

L'accueil fait "amateur" pour une exposition importante, "parisienne", et sur laquelle on a beaucoup communiqué : la file d'attente désorganisée, la billetterie qui se contente de vous rendre un ticket de caisse en échange de vos 10 euro (ce qu'on fini par trouver vraiment cher !). 

La scénographie est cheap, mal-foutue, et ne semble pas finie. Les cartels sont difficilement lisibles (surtout à cause de leur emplacement, une fois sur un mur, une fois sur un miroir). Et le texte qu'on y lit, pas toujours explicatif ou compréhensible, parle parfois d'oeuvres qu'on ne retrouve même pas dans l'exposition ! Pas de biographie. Pas de chronologie ou d'explication sur le choix des œuvres présentées. Ce qui semble encore aller à l'encontre du discours complexe qui entoure le travail de David Lachapelle.

 Le lieu lui même, l'espace des salles de l'Hôtel de la Monnaie, désservent les photographies et leur contemplation. Ainsi la première grande salle possède un décor fabuleux : lustres en cristal, plafond en trompe l'oeil, et foultitude de fioritures tout en staff et en dorures. Mais un décor qui éteint complètement l'une des deux oeuvres qui y est présentée : une fresque "3D" montrant un univers doré et clinquant.
Ces images "3D", clou de l'expo, (à voir ci-dessous) sont en fait plutôt des images "Pop-up", comme on en trouve dans les livres d'enfants. Ce qui les différencie est leur dimension à l'échelle 1 (ou "en taille réelle"). Mais en s'approchant on voit que les silhouettes sont collées sur du simple carton ondulé... cheap, voulu ou pas ? Côté 3D j'ai vu mieux avec des projections de photo stéréoscopiques (et au musée Bossuet ^^)


Decadence : The Insufficiency Of All Things Attainable, 2008. Œuvre en 3 dimensions, les figures étendues, grandeur nature, représentent l’excès qui caractérise le monde contemporain d’une façon hyperréaliste, alors que le sol s’ouvre sur un enfer de flammes..
 

Holy War, 2008


 Dans la même salle on retrouve des vidéos présentées dans deux pièces aussi grandes qu'un placard. Dont un court sur la fabrication (le "making off") du Déluge (film que l'on peut regarder sur le site officiel du photographe > http://www.davidlachapelle.com/video.html). Outre son intro beaucoup trop longue, où l'on voit un personnage (David L ?) coller des affiches de casting un peu partout dans la ville (seule la séquence où il inscrit sur une palissade le mot DELUGE avec ces affiches aurait suffit), ce film qui pourrait être très intéressant ne fait que survoler la séance de shooting en s'attardant sur des choses accessoires. Alors on se dit quand même que ça doit être formidable d'assister à la création d'une photo de David Lachapelle ! Mais on aimerait en voir plus (et avec des sous-titres si possible). Ce film aurait pu en dire plus aussi, si il avait été mis directement en relation avec la photo-fresque du Déluge : avec un ou deux écrans placés sous la fresque par exemple, et encore pourquoi pas des aquarelles, livres, accessoires du décor, et éléments de travail autour de cette photo qui aurait mérité sans doute une expo à elle seule. La fresque en elle même se trouvait dans une sorte de  "couloir" dans lequel il était presque impossible de s'arrêter...

Déluge, 2006. Inspiré par les fresques de Michel-Ange, David Lachapelle dresse une critique de la société de consommation, métaphore de la punition divine sur fond de catastrophe climatique.


Le reste est peut-être mieux présenté, en tout cas de façon beaucoup plus classique, mais les salles paraissent exiguës. On manque souvent de recule pour voir les images, eton a tendance à marcher sur les autres visiteurs. Ce que l'on vient voir dans une exposition c'est l'œuvre en "vrai" (en grand). Il est dommage, parce que les conditions de l'exposition ne sont pas ce qu'elles devraient, de ne pouvoir jouir pleinement de cette dimension de l'œuvre.

Enfin on passe d'une pièce à l'autre, et la fin de l'exposition arrive brutalement ! La "sortie" se fait par un escalier (de service ?) qui mène on ne sait où. On se retrouve dehors et on a l'impression de rester sur notre faim : je ne les ai pas compté, mais je suis quasi certain qu'on est loin des 200 photos annoncées. Ce qui aurait été quand même peu, par rapport à la très grande production de David Lachapelle.

Non vraiment, on n'a pas l'impression d'avoir vu une rétrospective. De fait c'est plutôt le livre-catalogue paru en parallèle à l'exposition qui est la véritable rétrospective. Mais il vous faudra dépenser 70€ pour l'acquérir.
Sinon vous pourrez toujours vous consoler avec le numéro spécial de PHOTO dédié à Lachapelle, et qui doit paraître prochainement. Ou ce Hors Série de Connaissance des Arts (à 10€).

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