Philippe Ramette : "Un monde à l'envers"

Publié le par Monsieur D.

Nous avons l'habitude de voir et définir la photo comme un moyen de fixer un moment, comme le témoin d'un instant - comme c'est le cas pour nos photos de familles, nos photos de vacances. Cette façon de considérer la photo, montrant le vrai à la façon du documentaire, moment pris sur le vif, comme le fait le reporter de guerre, se heurte très souvent à une autre conception de l'acte photographique, où le photographe met en scène ce qu'il montre. Ce qui est le cas par exemple chez Doisneau - avec ses "vrais-faux" instants volés. La mise en scène est poussée parfois à l'extrème, dans les photos de mode ou la publicité où l'image est tellement retravaillée, retouchée (comme chez Koen Demuynck), qu'elle fait passer la photographie au second plan ; La photo n'étant plus que le medium de l'image fabriquée.

Cette vision antagoniste est le principal lieu de discorde entre les amateurs de photo, et cristalise le débat sur la question : qu'est-ce qui est de la photographie et qu'est-ce qui n'en n'est pas ?
Est-ce qu'une photo de vacance c'est de la photo ? Est-ce qu'une photo retouchée c'est de la photo ? Quelle est la part de la technique ? Qu'elle est la part de la mise en scène ? Quelle est la part de l'image ? etc. Les réponses qu'on peut apporter à ces questions ont la même légitimité. Sans parler de faux débats, il y a sans doute sous ces questions une affaire de goûts, de styles, qui parfois sont même si différents qu'ils semble inutiles de vouloir les confronter ou les comparer. Même la question de la technique photographique (lumière, cadrage, composition...), n'est pas De fait, le travail des photographes aujourd'hui occupent toutes ces formes de la photographie. Et chacun peut y trouver son compte.

Même si le débat autour de l'opposition entre "photo vérité" et "photo fiction" est encore très vif, sans doute que ce qui fait la différence en photo, et de mon avis personnel, c'est l'intention.


Enfin, à mi-chemin entre cette double vision de la photographie (vérité documentaire et image fictionnelle) on trouve une voie à la photographie (qui n'apporte d'ailleurs pas de réponse à la polémique), qui est souvent celle qu'empruntent les artistes - qui pensent la photo comme témoin d'une installation, ou d'une performance, ou d'un acte éphémère... par exemples. C'est le cas de l'artiste français Philippe Ramette.



Les photos de Philippes Ramettes sont très travaillées. Et outre la belle technique, ces photos font appel au trucage. Mais le seul vrai trucage que subit la photo en tant que tel est un basculement. C'est d'ailleurs en remettant la photo dans son sens originel que le véritable trucage nous apparaît.
La photo est donc ici le témoin du travail, de la démarche de l'artiste, qui se concentre essentiellement dans les objets qu'il fabique : des sculptures, des installation et dans le cas qui nous intéresse ici des "prothèses" que fabrique Philippe Ramette, grâce auquelles il arrive à prendre les postures dans lesquelles il apparaît dans ses photos. Souvent Ramette est son propre modèle, son metteur en scène, mais ce n'est pas lui qui déclenche la prise de vue. Là on peut se demander si, puisqu'il ne déclanche pas la prise de vue, Philippe Ramette est-il lui même photographe ?



Le travail de Philippe Ramette à travers les photos qu'il nous propose, apparaît dense et complexe. Derrière le comique de la situation, l'humour tendant vers le surréalisme ou le burlesque (un peu comme les films de Buster Keaton) et qui est la première impression qui se dégage de la photo, on a une réflexion sur l'instabilité, le basculement du monde. Quelque chose d'inquiétant et de tragique. Souvent ce basculement se fait au sens propre quand le bas devient le haut et vice versa. Mais aussi quand les régles élémentaires de la physique et de la gravité sont perturbées (marcher au plafond, sur l'eau ou sous l'eau). Dans tous les cas on est pris de vertige comme on se met à la place du personnage.

Et puis il fait aussi appel dans son travail à la notion de paysage : avec cette grande référence au tableau "Le Voyageur contemplant une mer de nuages" de Caspard David Friedrich, icone de la peinture romantique allemande du début du XIXe siècle (ci-dessous).



Le personnage en costume stricte, "façon banquier", qu'incarne Philippe Ramette dans ses photos semble perdu dans la contemplation du monde qu'il voit à l'envers. Peut-être pour s'oublier lui même, et les souffrances (réelles) de ses postures acrobatiques.




En savoir plus sur ?
- Série d'articles parus sur Paris-art.com > http://www.paris-art.com/artistes/-/d_artiste/Philippe-Ramette-353.html
dont une interview > http://www.paris-art.com/art/a_interviews/d_interview/numPage/1/Philippe-Ramette-1463.html
- Philippe Ramette : Gardons nos illusions sur le blog de l'Espace Holbein (http://espace-holbein.over-blog.org) daté du 29 aout 2008
- Bio de Philippe Ramette sur WIKIPEDIA > http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Ramette
- Sur le site Galerie-Photo.com > http://www.galerie-photo.com/philippe-ramette.html
PHOTOS
- Photos sur Galerie Xippas > http://www.xippas.com/fr/artiste/philippe_ramette
- Recherche d'image sur Google > http://images.google.fr/images?q=philippe+Ramette&ndsp=21&hl=fr&safe=off&rlz=1T4RNWE_enFR310FR310&sa=N&um=1&imgsz=

Publié dans photographes

Commenter cet article